Le blé est devenu un interdit alimentaire pour des milliers de personnes qui ont décidé d’adopter des régimes amaigrissants à faible teneur en glucides ou qui pensent y être allergiques, ou du moins intolérantes. Actuellement, de plus en plus de personnes sans maladie coeliaque ou d’intolérance au gluten hésitent à en consommer suite aux allégations de certains auteurs sur le sujet. Pour certains personnes, non seulement le blé nous rend gras, mais il est la cause directe de différentes maladies allant des problèmes cardio-vasculaires au diabète, en passant par l’obésité, l’arthrite, l’ostéoporose, le déclin des facultés cognitives et les cataractes.

Ne serait-il pas extraordinaire qu’il n’y ait qu’un seul responsable des problèmes de santé chroniques qui nous affectent, et que tout ce qu’il faudrait pour les renverser soit d’arrêter de manger du blé ?

Voyons ensemble quelques-unes des demi-vérités qui sont véhiculées à ce sujet:

La majorité des céréales sont nuisibles pour la santé, mais le blé moderne est le pire, car il a été modifié au fil des ans, ce qui le rend très riche en amylopectine A (un féculent unique au blé) qui serait « pire que le sucre de table», car il élève dramatiquement le taux de sucre sanguin et stimule l’appétit. Le blé moderne contient également d’autres composants avec des effets néfastes, sans compter que son gluten (une protéine) est susceptible d’activer certaines réactions, beaucoup plus que dans le blé plus ancien.

LES FAITS :  Les scientifiques de l’agroalimentaire ont développé des variétés hybrides du blé depuis près d’un siècle afin qu’il soit plus résistant, qu’il produise davantage et qu’il offre une plus grande résistance aux insectes et à la maladie. Ce sont les critères technologiques, qu’ils soient agronomiques, meuniers ou boulangers, qui ont guidés la sélection pendant ce siècle, sans regards pour la qualité nutritionnelle et probablement au détriment de celle-ci. Cela est vrai pour l’ensemble de tous les produits que nous récoltons. Il n’y a cependant aucune évidence clinique qui différencie les effets sur notre santé entre la consommation de blé actuel ou de blé ancien. C’est plutôt la consommation excessive de blé raffiné principalement sous forme de farine blanche et de produits dérivés qui pose problème, peu importe que le blé soit ancien ou récent.

Le blé est principalement responsable de l’épidémie d’obésité qui nous afflige.

LES FAITS : Le blé est un aliment de base de plusieurs peuples sur la planète, et il y a peu ou pas de corrélation entre la quantité ingérée et les taux d’obésité, particulièrement lorsqu’il est consommé de façon complète (pain complet, bulghur, etc). La consommation globale de blé par habitant ayant diminué aux États-Unis depuis 2000 n’a eu aucune incidence sur les taux d’obésité. En fait, la population nord-américaine consommait beaucoup plus de blé il y a 100 ans que nous ne le faisons aujourd’hui, avec très peu de gens obèses. Les habitudes de vie étaient également très différentes à l’époque, mais la principale différence résidait surtout dans l’utilisation de blé non raffiné. L’apparition du pain blanc et l’utilisation massive de farines blanches n’ayant vraiment fait leur apparition qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Mais est-ce que les gens qui évitent le blé et les céréales sont en meilleure santé et perdent du poids ? Cela est fort probable, mais le serait tout autant si on demandait aux gens de couper toute viande ou toute sucrerie. La perte de poids effectuée de façon correcte (avec n’importe quelle approche) s’accompagne généralement d’une plus grande vitalité et d’une meilleure santé. Pratiquement toutes les diètes fonctionnent pour un certain temps, principalement si vous demandez aux gens d’exclure une catégorie complète d’aliments, amenant du même coup une réduction de l’apport calorique.

Le blé joue un rôle de premier plan dans l’augmentation du diabète, des maladies cardiaques et des maladies chroniques.

LES FAITS : Le taux de sucre sanguin augmente après avoir mangé du pain, des pâtes et d’autres produits de blé. Mais cela est vrai de tout aliment contenant des glucides, qu’ils contiennent du gluten ou non, surtout si on les consomme sous une forme raffinée. L’effet des aliments riches en glucides sur le taux de glucose sanguin, qui se mesure par « l’index glycémique », dépend de plusieurs facteurs incluant la présence ou non de fibres alimentaires présentes dans l’aliment, les procédés de transformation et de préparation auxquels l’aliment a été soumis, ainsi que la présence des autres aliments qui constituent votre assiette. Une tranche de pain accompagnant une assiette remplie de légumes a une incidence très faible votre glycémie (taux de sucre dans le sang).

Le blé raffiné (pains, pâtes et farines blanches), tout comme tous les autres féculents ou aliments sucrés, peut affecter les taux de cholestérol et de triglycérides, augmentant les particules de cholestérol qui sont le plus dommageables pour notre santé. Cependant, il n’est pas nécessaire d’exclure toute forme de blé ou de gluten pour éviter cela. Vous n’avez qu’à choisir des produits à base de blé qui sont le moins raffinés possible et éviter les excès. Contrairement aux peuples asiatiques par exemple, nous avons une consommation immodérée de produits à base de blé, comme les pains, pâtes, gâteaux, muffins, craquelins, etc. Il nous faut juste apprendre à cesser de ne favoriser que ce type d’aliments et choisir une alimentation variée, la moins transformée possible..

Le blé entier n’est pas beaucoup mieux que le blé raffiné, ceux qui souffrent d’embonpoint ou de maladies chroniques devraient l’éviter également.

LES FAITS : Un nombre impressionnant d’études ont établi le lien entre une consommation accrue de céréales entières (incluant le blé entier) avec une réduction du risque de diabète, de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux, de même qu’une amélioration des taux de cholestérol sanguins. D’autres études ont démontré que la consommation de blé entier pouvait permettre une réduction de poids ou de gras corporels, particulièrement lorsqu’ils le consomment en remplacement de produits à base de farine blanche.

CONCLUSION: L’industrie alimentaire nous a vanté les mérites des aliments « sans sucre », puis « sans gras » et maintenant « sans gluten ». Gardez toutefois à l’esprit que plusieurs des produits « sans gluten » sont toutefois fabriqués à partir de farine raffinée (bien que sans gluten) et que leur apport nutritif est relativement faible.

La maladie coeliaque, les allergies ou les intolérances au gluten existent réellement, tout comme les allergies aux arachides ou aux fruits de mer, mais sauf si vous avez une maladie coeliaque ou un autre type d’intolérance au gluten ou de sensibilité, il n’y a aucune raison d’éviter le blé.

Le problème n’est pas que nous consommons du gluten ou du blé, le problème est que :

  • nous en mangeons trop,
  • trop souvent,
  • et sous une forme trop raffinée, principalement en gâteaux, biscuits, pizzas et autres aliments chargés de sucre ajouté et/ou de gras.

Note : Avant d’abandonner le gluten, faites le test

Si vous avez une indigestion chronique ou d’autres symptômes évocateurs d’une sensibilité au gluten, consultez votre médecin et effectuez un test pour la maladie coeliaque avant d’entreprendre un régime sans gluten. (À long terme l’évitement du gluten peut interférer avec les tests de diagnostic de la maladie cœliaque.)