Le cancer de la prostate est un cancer qui se traite bien. Aux États-Unis seulement, plus de 2 millions d’hommes vivent avec un cancer de la prostate, mais c’est toujours mieux que de mourir du cancer de la prostate. Lorsque le cancer est isolé à la prostate et qu’il est traité à temps on peut pratiquement garantir une survie de 5 ans, mais lorsqu’il commence à se répandre les chances de survie réduisent de 30%.

 

L’identification des facteurs modifiables qui affectent la progression de cancer de la prostate est donc quelque chose qui mérite d’être étudié. Des chercheurs de Harvard ont sélectionnés plus d’un millier d’hommes avec le cancer de la prostate en stade précoce et les ont suivis pour deux ou trois ans afin de déterminer s’il y avait quoi que ce soit dans leur régime alimentaire qui favorisait la progression du cancer, notamment sa mutation en cancer des os.

Résultat alarmant : comparé aux hommes de l’étude qui ne mangent pratiquement pas d’oeufs, ceux qui en consomment même moins qu’un oeuf par jour avaient 2 fois plus de risques de favoriser la progression du cancer. Et ce risque grimpe dramatiquement à 4 fois plus chez ceux qui consomment de la volaille.

Il est connu que la viande de poulet et de dinde renferment davantage de substances cancérigènes  – les amines hétérocycliques libérés par la cuisson des matières grasses de la viande. Que sont les amines hétérocycliques ? La viande est un muscle. Pour se contracter, un muscle a entre autre besoin d’une substance, la créatine. Lorsque l’on cuit une viande, la créatine a tendance à se fusionner avec les composantes des protéines, les acides aminés. De cette union se forme les amines hétérocycliques, les AHC. Ces substances ont la propriété de s’attaquer à notre matériel génétique et ainsi favoriser le développement du cancer.

Chez les femmes, celles qui mangent de la viande trop cuite par exemple ont près de 5 fois plus de chance de développer le cancer du sein que celles qui mangent leur viande saignante ou médium. Évidemment, la chair de volaille ne peut se consommer saignante ou médium, ce qui explique en partie les résultats dramatiques associés à la progression du cancer et la consommation de poulet.

Mais qu’en est-il des oeufs? Pourquoi la consommation de moins d’un seul oeuf par jour double le risque de progression du cancer ?

Cela peut être associé à la choline. La consommation d’oeufs détermine le taux de choline que vous avez dans votre sang, et un taux de choline élevé a été associée également à un risque plus élevé d’avoir un cancer de la prostate. La consommation de choline a été associé non seulement au risque de développer un cancer et d’en favoriser la progression, mais également à augmenter les risques d’en mourir. Ceux qui en consomment le plus ont une augmentation de 70% des risques de décéder d’un cancer de la prostate.

Dans une autre étude récente, les hommes qui consommaient 2 oeufs et demi ou plus par semaine (ni plus ni moins que l’équivalent d’1 seul oeuf aux 3 jours) voyaient le risque de développer un cancer mortel de la prostate de près de 81%. Que ce soit la choline, le cholestérol ou les amines hétérocycliques qui soient en cause, la consommation de viande, de lait et d’oeufs ont tous été clairement associés à des taux de cancers avancés de la prostate nettement plus élevés.

 

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